[Cinéma] Critique – Glass

L’ultime volet d’une trilogie surprise que personne n’attendait. Initiée avec le film Incassable / Unbreakable 19 ans plus tôt, et suivi par Split en 2017. Est-ce que Glass est la conclusion que cette saga mérite ?

PS : Et histoire de se mettre dans l’ambiance, je vous propose de lire cette critique en écoutant ceci. Bonne lecture. 😉

Avant-propos

À ce jour, j’ai vu 6 films de Mr Night Shyamalan. Réalisateur connu pour ses twists difficilement prévisibles. Dont celui dans un de mes favoris de sa filmographie qu’est Sixième Sens (1999). Qui comporte un twist final d’une importance telle qu’il change à tout jamais la manière dont ce film sera perçu après (re)visionnage. Autant dire qu’il ne faut surtout pas le spoiler ou se le faire spoiler. J’avais également un souvenir assez marqué de Signes (2002) avec une ambiance assez oppressante qui ne faisait pas du bien au gosse que j’étais à l’époque. Puis j’ai vu After Earth (2013), qui fut extrêmement décevant.

Les 3 films restants sont donc ceux de cette trilogie qui s’est étendue sur presque deux décennies. D’abord Incassable que j’ai beaucoup aimé et qui se place juste derrière Sixième Sens en matière de préférence. Puis Split, pas mauvais mais que j’ai moins aimé. Et celui qui fait l’objet de cette critique, Glass.

Remise en contexte

Mais avant d’en parler, il est pour moi nécessaire afin de comprendre les enjeux de Glass, de recontextualiser les choses en spoilant allègrement les 2 précédents films de cette trilogie. Si vous ne les avez pas encore vus, vous savez ce qu’il vous reste à faire.

Dans Incassable, David Dunn était l’unique survivant d’un terrible accident de train survenu au début du film. Mais le plus incroyable au-delà de sa survie, était le fait qu’il s’en soit sorti complètement indemne. Sans aucune séquelle ni égratignure. Et on apprendra plus tard que David n’a jamais été ni blessé, ni malade. Un homme littéralement “incassable” comme le film éponyme.

Et c’est justement ce genre d’individu que recherchait désespérément Elijah Price. Un fanatique de Bandes Dessinés / Comics, convaincu que les Super-Héros existent bel et bien dans le vrai monde. Sauf que contrairement à David, c’est un homme “cassable” car atteint d’un handicap rare appelé ostéogenèse imparfaite. Plus connu en tant que “maladie des os de verre”. Et c’est pour trouver son exact opposé comme dans les Comics, et par la même occasion « trouver sa place dans ce monde » selon ses propres dires, qu’il a perpétré de multiples attentats dont ce fameux accident de train qui a révélé David aux yeux du monde entier. À ce moment précis, le Super-Vilain Mr. Glass avait enfin trouvé son rival Super-Héros qu’il recherchait depuis si longtemps.

Split quant à lui racontait l’histoire de Dennis, de son vrai nom Kevin Wendell Crumb alias “La Horde”. Un imprévisible et dangereux individu atteint d’un trouble dissociatif de l’identité. Plus connu sous l’appellation de trouble de la personnalité multiple. Et lors de la toute dernière scène, on revoit le David d’Incassable mentionner le pseudonyme de Mr. Glass. Confirmant que ces 2 films se déroulaient bel et bien dans le même univers. Il ne restait plus qu’à attendre la suite qui allait faire le lien entre-eux et que l’on connait aujourd’hui sous le nom de Glass.

Mr. Glass ou le « Bonhomme qui casse »

Les 3 films de cette trilogie partagent un point commun assez intéressant. Leurs titres sont intrinsèquement liés à la nature des personnages principaux qui jouent dedans. Incassable était le film de David Dunn pour les raisons que j’ai expliqués plus haut (même si Mr Glass y tient un rôle important). Split quant à lui est celui de Kevin, tout simplement car le titre peut se traduire en français par “fracture” ou “fissure”. Ce qui est une traduction de son état mental. Un homme fracturé psychologiquement à cause de ses 24 personnalités.

Il était donc tout naturel qu’Elijah Price ait aussi un film dédié. Puisque Glass est la traduction du mot “Verre”. Ce qui est la caractéristique même de ce personnage qui est littéralement un “homme de verre”. Et bien qu’il y soit mis en avant un peu tard, et pas au top de sa forme durant une grosse partie du film, c’est sur ce grand manitou que reposent les principaux enjeux du scénario. Et on le comprend au moment d’une révélation d’une importance capitale vers le milieu du film, qui fait que David et Kevin sont “liés” à cause de lui.

Ce Mr. Glass est à nouveau incarné par Samuel L. Jackson presque 20 ans plus tard. Et même si je préfère sa performance dans Incassable, il reste aussi incisif et charismatique que d’habitude. Et on comprend très vite qu’il ne vaut mieux ne pas le quitter des yeux et encore moins le sous-estimer. Car il est aussi dangereux que son corps est fragile. D’ailleurs, c’est le bon moment pour parler de la distribution de ce film.

Distribution

En plus d’avoir un casting qui vaut son pesant de cacahuètes, ce Glass se paye une distribution plus que correcte même si certains acteurs sont moins mis en avant que d’autres.

Bruce Willis qui ne nous avait pas habitués à d’excellents rôles ces dernières années se rattrape en se réappropriant son personnage de David, qui a fini par s’accepter et est devenu le Super-héros local. Mais comme pour Jackson, je l’ai préféré dans le premier film même si on le sens bien impliqué dans son rôle. En tant que “Superviseur” comme on le surnomme, et aussi lors de ses face à face contre “La Bête” de Kevin. Malheureusement, on ne le voit pas assez à l’écran.

Tout comme dans Split, la prestation de McAvoy est une des plus grandes qualités de Glass et mériterait un Oscar à elle seule. Et même si elle est moins marquante que dans ce dernier d’abord parce que l’effet de surprise est passé par là, mais aussi car il n’est plus tout seul à porter le film, elle reste impressionnante. C’est toujours aussi grisant de le voir basculer aussi naturellement d’une personnalité à l’autre en changeant son langage corporel, son accent, ou encore ses expressions faciales parfois dans la même scène. Un vrai caméléon.

Il est même encore plus menaçant qu’avant en tant que « La Bête« . Rien que physiquement, on sent que McAvoy s’est préparé pour le rôle. Le seul bémol est que je trouve qu’il prend légèrement trop de place par rapport à Elijah et David.

Anya Taylor-Joy qui avait le rôle principal dans Split en tant que Casey Cooke, est moins mise en avant ici. Chose étrange puisque connaissant son passif avec Kevin, c’est certainement la personne qui le connaît le mieux. Elle a donc un rôle crucial à jouer que ses apparitions peu nombreuses à l’écran ne rendent pas honneur.

Constat similaire pour Spencer Treat Clark, qui incarne à nouveau Joseph le fils de David et qui a bien grandi depuis. Par contre pour la mère d’Elijah comment dire…

Sarah Paulson quant à elle, incarne Ellie Staple. Une psychiatre très convaincante et déterminée à faire taire l’existence de « ces êtres qui se prétendent extraordinaires” selon elle. En commençant par tenter de convaincre David, Kevin et Elijah, qu’ils sont atteints de mégalomanie et que leurs capacités surhumaines ne sont qu’illusion et facilement explicables scientifiquement parlant.

Un film de Super-Héros “réaliste”

Glass tout comme ses prédécesseurs, est un mélange de 2 genres. Le « Thriller-Fantastique » qui est prédominant, et celui qui va nous intéresser le genre « Super-Héroïque ». Mais pour ce dernier, ce n’est pas au sens où on l’entend. Avec des déluges d’effets visuels et des pouvoirs magiques pour certains personnages comme c’est le cas chez les films DC ou Marvel.

Ici, on reste dans un cadre plus réaliste et “terre-à-terre” avec des gens comme vous et moi, qui se distinguent des autres par des attributs uniques ou des capacités surhumaines. Qui selon le point de vue de chacun, peuvent effectivement être perçus comme des Supers-Pouvoirs.

Avec d’abord Mr. Glass, qui compense sa fragilité osseuse par sa très grande intelligence et son habileté. Puis Kevin, qui abrite en lui 24 personnalités différentes dont une bestiale qui à défaut de le transformer intégralement comme ça serait le cas pour un Loup Garou, le fait se comporter comme une bête sauvage et lui octroie au passage une très grande force physique.

Et enfin David, qui lui a tout du Super-Héros idéal. Naturellement doté d’une force herculéenne, d’une résistance hors du commun, et de la capacité d’avoir des “visions” du passé de toutes les personnes qu’il touche. Sans parler de son grand sens de la justice. C’est aussi le seul individu qui peut faire physiquement face à La Bête.

En tout cas, j’apprécie le parti pris de Shyamalan de nous proposer un tel rafraichissement au milieu d’une flopée de films de Super-Héros qui se ressemblent beaucoup trop sur le fond pour la plupart, et qui représentent  une très grande part de la production cinématographique d’aujourd’hui.

Conclusion

Non seulement Glass est un très bon cru pour ma part, mais en plus de cela il conclut brillamment cette trilogie qui je l’espère, entrera dans la postérité.

Avec un rythme certes lent, mais maitrisé et qui tient en haleine. Une jolie bande son qui emprunte quelques thèmes phares d’Incassable. Un casting globalement très correct malgré la dominance de McAvoy à l’écran. Et une mise en scène efficace et qui va à l’essentiel surtout lors des scènes d’action.

Le seul élément qui m’a posé problème étant la fin du film que j’ai trouvé très frustrante. Mais rien que sur sa manière d’aborder la question des Super-Héros au sein d’une société comme la nôtre, il mérite d’être vu.

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