[Série] Critique – The Boys: Saison 2

Série phare du catalogue d’un Prime Video qui a de moins en moins de choses à envier à Netflix, voici mon avis sans spoilers sur The Boys dont la seconde saison s’est terminée en Octobre dernier.

Avant-propos

À ce jour, je n’ai pas lu le Comics du même nom par Garth Ennis et Darick Robertson. Mais du peu que j’en sais, il semblerait que cette adaptation à l’écran par Eric Kripke demeure assez fidèle au matériau d’origine. Avec un humour noir omniprésent, un langage cru, du contenu sexuel, et une violence graphique qui crève littéralement l’écran. C’est trash, mais diablement fun. Et c’est caractéristique d’un univers à ne pas mettre entre toutes les mains. Déconstruisant avec brio le mythe des super-héros et le système qui les régie en dévoilant leurs côtés les plus sombres. Comme aucun autre film ou série du genre ne l’avait fait avant lui à ma connaissance.

Concernant mon rapport à cette série, j’avais bien accroché à sa première saison que j’ai découverte en 2020. Ce premier acte de la guerre entre ces durs-à-cuire de Boys contre Vought et les Sept fut passionnante à suivre. Rythmée, et presque sans temps morts selon les épisodes. Avec des personnages hauts en couleurs et pourris jusqu’à la moelle du côté des Supers, mais pas moins charismatiques pour autant dans les deux camps. Le moment m’ayant le plus marqué étant le final de la première saison. Qui non seulement changeait totalement le destin de Butcher, mais en plus nous révélait « l’héritage » du Protecteur. Suite à ce cliffhanger de folie je n’avais qu’une envie, me ruer sur cette saison 2 dont je vais enfin parler.

Nouveaux venus

Pour moi un des plus gros points forts de cette série, c’est le jeu d’acteurs de son casting dont je vais beaucoup parler ici. Et qui s’est d’ailleurs bien étoffé cette saison avec l’arrivée de nouveaux personnages qui n’ont rien à envier aux anciens.

En premier lieu Stormfront qui avec d’autres, portait cette saison sur ses épaules. Volontairement détestable en plus d’être surpuissante, et dont les idéaux feraient passer le Protecteur pour un gentil bonhomme. D’ailleurs la relation qu’entretenait ces deux-là était assez bien traitée.

Autre personnage très important du côté de chez Vought, Stan Edgar qu’on avait vu brièvement durant la saison 1 et qui a remplacé Madelyn Stillwell à la tête de la corporation. Incarné par un Giancarlo Esposito dans son élément. Infaillible et d’une prestance telle que même les Supers le tiennent en respect.

Après tout n’était pas parfait. Notamment ceux qu’on a découverts dans la prison de Sage Grove Center comme le personnage de la Torche (qu’on ne voit même pas dans les trailers bizarrement) qui fut un gâchis pour moi malgré son développement. Une de ses codétenues au crâne rasé qui faisait exploser des têtes que j’aurais aimé voir davantage. Et même un des gros enjeux de cette saison qu’était la lutte contre des « super-terroristes ». Avec le grand frère de Kimiko considéré comme l’un d’eux, qui ne m’avait pas spécialement marqué même si grâce à lui on a pu en apprendre davantage sur le passé de cette Super malgré elle.

On prend les mêmes…

Concernant les habitués, la plupart sont fidèles à eux-mêmes pour le meilleur et pour le pire. Le groupe des Boys demeurait toujours aussi soudé malgré quelques tensions. Même si le fait que des fugitifs comme eux puissent se balader à l’air libre comme si de rien n’était m’a fait pas mal tiquer. Rien de particulier à redire sur Hughie, La Crème et la « nouvelle recrue » qui s’intégrait au groupe du mieux qu’elle le pouvait.

Là où y a un peu de changement, c’est du côté de la complicité entre Le Français et une Kimiko plus badass que jamais. Et cette saison m’a confirmé que malgré son mutisme total, je trouve qu’elle a plus de personnalité que tous les Boys réunis.

Et que dire de Billy Butcher. L’anti-héros par excellence qui m’a encore plus régalé durant cette saison. Par son attitude, ses punchlines, et sa détermination. D’autant plus que son histoire avait pris une nouvelle dimension suites aux révélations concernant sa chère Becca qui a eu une place cruciale dans la trame. Ceci faisant qu’il était prêt à tout même au pire pour sauver ce qui lui restait.

Chez les Super qui auront été pas mal sous pression, j’ai apprécié la mise en avant plus prononcée du mystérieux Black Noir qui a eu d’excellentes scènes. L’évolution de Reine Maeve qu’on aura vue dans tous ses états. A-Train qui avait une place centrale dans la première saison qui était un peu plus en retrait ici. Et l’Homme Poisson que j’ai trouvé complètement anecdotique avec sa tentative de rédemption pour réintégrer les Sept en passant par l’Église du Collectif qui m’a profondément ennuyé.

De toute manière, tous font pâle figure face au Protecteur qui s’est encore surpassé en termes de folie et de gênance. De loin le meilleur personnage de cette saison (et de cette série) avec Butcher. Cette antithèse du Superman que l’on connait tous et qui n’en a que pour son égo. Tellement instable mentalement qu’il serait capable de raser la Terre entière si ça ne tenait qu’à lui. D’ailleurs il m’aura fait subir un gros coup de frayeur durant un certain épisode face à un public divisé. Mais aussi tyran qu’il ne le laisse paraître, on sentait un petit côté attendrissant en lui durant certaines scènes partagées avec sa progéniture, à qui il lui menait la vie dure (et inversement). Comme quoi même ces surhommes ont des faiblesses qui tiennent de l’humain.

Vought dans la tourmente

Autre grande qualité de The Boys, c’est la manière dont cette série dépeint nôtre société en la critiquant elle, et les Super Héros de manière générale. Et ce sans aucune retenue.

On l’a vu à plusieurs reprises par l’usage des réseaux sociaux et des memes internet à destination de ces Super. Qui ne sont que de purs produits d’un Vought tentant aux mieux de maquiller tout ce qui pourrait nuire à leur image. Et autant dire que c’était mal barré pour eux avec l’histoire du Composé V qui se baladait un peu partout, et le passif de Stormfront qui pourrait être révélé au grand jour. Ça donne une idée assez réaliste et effrayante de ce à quoi pourrait ressembler notre monde avec une telle entité.

Tout ça amène à poser une question. Qui sont les véritables héros dans l’histoire ? Ces « héros » prétendant rendre le monde meilleur en façade mais commettant les pires atrocités en coulisses ? Ou les simples humains dans l’ombre tentant de faire tomber le système quitte à se salir les mains ? Tant de nuances qui rendent le tout bien moins manichéen de ce à quoi on nous a habitué jusqu’à présent.

Dernière grande qualité de cette série, l’esthétique. Les effets visuels sont convaincants et bien utilisés comme il faut. Surtout durant les scènes violentes où ça n’y va pas de main morte. J’en veux pour preuve certaines séquences littéralement « explosives » dont une durant une audience qui est un des moments forts de cette saison, suivi plus tard du fameux « face-à-face » final que j’ai trouvé fabuleux.

Conclusion

Une suite dans la parfaite continuité que la saison précédente, au point où je la trouve meilleure. Efficace, même si dans la forme ça reste très classique et moins surprenant dans sa globalité. À l’exception de quelques twists scénaristiques bien amenés. Notamment la toute fin de saison avec un personnage responsable de l’incident de l’audience que je n’aurais pas soupçonné le moins du monde.

Vu sa conclusion, je sens que cette saison 3 partira dans une direction assez différente. En espérant que ce ne soit pas la saison de trop et que le ton sera conservé.

[Série] Critique – Westworld: Saison 3

La 3ème saison de Westworld s’étant terminée il y a peu avec le 8ème épisode, il est temps de donner mon avis global et sans spoilers sur une saison radicalement différente de ce que la série nous avait habitués jusqu’alors.

Avant-propos

Me concernant, je n’ai pas vu à ce jour le film éponyme de 1973 (appelé aussi Mondwest) par feu Michael Crichton. Et dont s’inspire cette série que j’ai découverte il y a deux ans. En m’étant fait d’une traite la première saison déjà sortie et que j’ai beaucoup aimée. Puis la seconde qui était déjà en cours de diffusion, plus complexe voire trop par moments même si ça restait de qualité.

J’avais tout de suite accroché à ce savant mélange entre Western et Science-fiction, mettant en scène des androïdes appelés « hôtes » d’apparence humaine, peuplant le parc d’attractions futuriste de Westworld (et ailleurs). Une reproduction fidèle du Far West Américain, très prisé par des visiteurs fortunés où tout est permis. Jusqu’au jour où suite à une « mise à jour », ces mêmes hôtes prennent lentement mais surement conscience de leur condition, et finiront par mettre en danger les visiteurs du parc.

Un superbe opening qui nous plongeait directement dans l’ambiance

J’ai été happé par son univers. Admiratif devant la prestation des acteurs. Envouté par la bande-son de Ramin Djawadi (l’un des plus grands compositeurs de cette dernière décennie pour moi) et ses nombreuses reprises de morceaux connus. Impressionné par les effets visuels et plus encore.

Mais ce qui m’avait le plus marqué (en bien comme en mal), c’était la narration à base de multiples temporalités des deux premières saisons. Mélangeant passé, présent, et même futur au sein d’un même épisode et ce sans nous donner d’indications sur l’époque dont il était question. Autant l’idée n’est pas inintéressante sur le papier, autant en pratique ça rend le tout difficile à suivre si on n’a pas la timeline sous la main. Chose que la saison 3 a laissé de côté pour se concentrer essentiellement sur une narration plus linéaire. Mais est-ce que cela rend la saison plus intéressante pour autant ?

Changement de décor

Une série s’appelant Westworld mais ne se déroulant quasiment plus dans le dit parc, c’est un peu ironique quand on y pense. J’en étais même à me demander ce qu’ils allaient bien pouvoir raconter au vu des événements irréversibles survenus au parc, et du sort de la plupart des hôtes dans la saison 2.

Au final, le fait de voir ce fameux monde extérieur nous montre à quel point s’étend le lore de cette série que je n’imaginais pas aussi riche. Avec de somptueux décors reprenant une architecture à la fois actuelle et futuriste, s’inspirant de certaines villes d’Europe, d’Asie orientale, et de la côte ouest Américaine. Et même si c’est une toute autre atmosphère que dans le parc, voir les hôtes restants interagir avec la population locale fait prendre à la série une autre dimension. En plus ce ça, ces deux mondes sont plus similaires qu’il n’y parait, car les hôtes ne sont pas les seuls à être « contrôlés ».

Le prix de la liberté

Si on devait résumer cette saison en un mot, ça serait Liberté. Recherchée par les hôtes et en particulier Dolores. Qui pour y parvenir prépare une révolution dans le monde de leurs créateurs afin de briser définitivement les chaines de ses congénères, et de surcroit celles de l’humanité toute entière. Car il s’avère que ce monde est encore plus contrôlé que ne l’était le parc de Delos.

La faute à Incite. La société qui héberge la surpuissante Intelligence Artificielle Rehoboam étant au cœur de la série, et ayant la main mise sur le destin de chacun des individus de cette société. Et ce sans même qu’ils ne s’en rendent compte, exactement comme pour les hôtes au début de la série. Et exactement comme un grand classique du genre qu’était Matrix en son temps. Où Neo évoluait sans le savoir dans un monde virtuel qu’il pensait être la réalité jusqu’au moment où il avalera la pilule rouge.

Un parallèle que j’ai trouvé pertinent et qui soulève de nombreuses questions, dont la suivante. Nos choix en sont-ils vraiment dans un système qui décide tout pour nous ? Cette interrogation prendra tout son sens durant l’épisode 5 qui est l’un de mes préférés de cette saison. Où Dolores mettra en place sa révolution et fera voler ce système en éclats. C’était assez intense à voir. Épisode qui m’a aussi marqué par le « Drug Trip » de Caleb qui l’aura fait passer par de multiples genres cinématographiques, et la course poursuite explosive au centre-ville de nuit.

L’homme et la machine

Une des forces de Westworld résidait dans l’interprétation des personnages. Humains comme hôtes. Pour cette saison c’est globalement correct même si certains d’entre eux nous avaient habitués à mieux. Comme Bernard que je n’ai pas trouvé très utile sauf vers la toute fin. William qu’on ne reconnait presque plus mais qui n’a pas perdu sa fougue caractéristique. Et Maeve bien que toujours badass et surpuissante, a perdu en profondeur.

En revanche j’ai beaucoup apprécié le traitement du personnage de Charlotte Hale. Passant de l’humaine impitoyable et n’ayant peur de rien, à une « Halores » (le corps de Hale avec l’esprit de Dolores) en pleine crise identitaire mais pas moins humaine pour autant. Tentant tant bien que mal de se fondre dans un monde qu’elle ne connait pas, et qui a parfois du mal à la reconnaitre comme c’est le cas avec sa famille biologique. Elle ne manquera pas de le montrer à une Dolores agissant comme une « mère » pour elle. Son personnage atteindra son apogée dans un épisode 6 montrant une très belle démonstration de force de sa part, et faisant figure de basculement majeur au vu de ce qui lui arrive.

Concernant les nouveaux venus, le personnage de Caleb Nichols interprété par un Aaron Paul qui m’avait marqué dans Breaking Bad. Et qui m’a fait une plutôt bonne impression. J’ai apprécié son côté emphatique et son recul qui le différencie des autres humains malgré son passif peu enviable. Et sa relation avec une Dolores qui aura beaucoup à apprendre des humains à travers lui.

L’autre nouveau venu et principal antagoniste de cette saison, l’insaisissable Enguerrand Serac interprété par le charismatique Vincent Cassel. Qui avec cette série, signe probablement l’une de ses meilleures interprétations à l’écran. Son intelligence et obsession à vouloir tout contrôler en font un personnage aussi complexe que dangereux.

Et enfin je ne pouvais pas ne pas finir par le personnage le plus important de cette saison, et qui à porté cette série à elle seule. La Dolores Abernathy autrefois innocente devenue vengeresse. Et résignée à en finir à sa manière avec les humains qui l’avaient persécuté dans le parc. Une évolution que je trouvais certes logique mais trop classique sur la forme. Jusqu’au tout dernier épisode et la scène très puissante lui étant dédié. Qui m’a fait prendre conscience que son plan n’était pas celui qu’on croyait être, et que tout ce qu’elle voulait c’était voir la « beauté » de ce monde qui lui a pourtant causé tant de torts. Comme le dit cette citation (en anglais) qui résume à elle seule toute l’essence du personnage.

« Some people choose to see the ugliness in this world. The disarray. I choose to see the beauty. To believe there is an order to our days, a purpose. »

Conclusion

La meilleure musique de cette saison

Une saison plus courte que les autres, correcte bien que n’étant pas ma préférée, et soufflant constamment entre le chaud et le froid malgré son dépaysement. Avec quelques moments impactants dilués dans une soupe manquant de piquant dans sa globalité. Des personnages anciens comme nouveaux au traitement inégal. Et des thèmes abordés loin d’être révolutionnaires même si l’exécution est maitrisée. Peut-être que j’en attendais trop, même si ce ne fut pas la saison de trop comme je le craignais. Mais au vu du devenir de certains personnages clés, j’ai peur que les prochaines saisons elles, risquent d’être de trop. Et quand on sait que les producteurs envisagent d’aller jusqu’à 6 saisons, y a de quoi être dubitatif.

En tout cas cette saison est arrivée au bon moment. Car diffusée du 15 Mars au 3 Mai 2020, soit la durée officielle du confinement français à une semaine près. Et rien que pour ça, je suis content de l’avoir suivi jusqu’au bout.