[Test] The Last of Us Part II

Le 14 Juin 2013 sortait le premier The Last of Us qui fut l’un des jeux les plus acclamés d’une PlayStation 3 en fin de vie. Un lourd fardeau pesait sur les épaules déjà larges du studio Naughty Dog afin de réaliser l’inévitable suite d’un tel succès commercial et critique, et ô combien attendue. 7 ans plus tard et presque au jour près, nous y sommes avec un titre qui comme son ainé, sera l’un des derniers gros jeux de sa plateforme à l’aube de la nouvelle génération de consoles à venir. Suite de trop ou tout le contraire ? Je vous dis tout à travers mon Test d’un The Last of Us Part II qui n’aura laissé personne indifférent. En bien, comme en mal.

Test garanti sans spoilers, et réalisé à partir d’une version fournie par PlayStation France. Un grand merci à eux.

La next-gen avant l’heure

Bien que je n’en attendais pas moins d’eux connaissant leur passif, Naughty Dog (que je vais abréger « ND ») a surpassé mes espérances en poussant l’aspect visuel et le souci du détail à un niveau rarement atteint dans un Jeu Vidéo. Par ses animations qui sont parmi les plus réalistes que j’ai pu voir dans ce média, avec des expressions faciales très humaines, et évoluant en temps réel selon la situation. Un résultat que l’on doit à la motion capture et surtout au talent des acteurs ayant interprété leurs personnages.

Les décors m’ont eux aussi bluffé par leur photo-réalisme et les détails environnants. Comme cette végétation quasi omniprésente et ayant repris le dessus dans un monde post-apocalyptique crédible où le temps semble s’être arrêté. Ses forêts denses dont on pourrait compter le nombre de feuilles et grouillant de vie. Les effets d’ombre et lumière, des vrais reflets, ou encore des particules en suspension dans l’air. Un monde plus vaste et plus vertical à l’image d’un Uncharted 4, et moins cloisonné que dans le premier opus. Et dont le level-design nous donne envie d’en explorer les moindres coins et recoins avec souvent des récompenses à la clé. Il y a même un peu de physique, notamment avec la corde manipulable presque à souhait et adoptant un comportement très proche du monde réel.

Le sound-design est impeccable. Le bruit des armes à feu, les hurlements des créatures et j’en passe, tout fait très authentique. Mention spéciale aux coffres forts que l’on peut déverrouiller sans même avoir la combinaison sous la main, mais juste en tendant l’oreille. Et la bande originale composée à nouveau par Gustavo Santaolalla et cette fois-ci Mac Quayle, épouse parfaitement l’atmosphère parfois pesante, et parfois apaisante de cet univers.

D’ailleurs le son, ou plutôt la musique en général tient une part très importante dans l’histoire. L’exemple le plus pertinent étant celui de la guitare d’Ellie que l’on peut même jouer presque comme le véritable instrument durant certains moments via le pavé tactile de la DualShock 4. Dire qu’il aura fallu attendre la fin de vie de la console pour enfin en voir une utilisation pertinente.

Pour tout ce que je viens de citer, je recommande chaudement de faire ce jeu avec un bon casque audio ne serait-ce que pour profiter de la spatialité sonore et s’immerger dans l’ambiance.

Une Intelligence Artificielle, intelligente..

Là où ce TLOU2 s’en sort mieux que la plupart des jeux avant lui, c’est par son IA plus affûtée que la normale. Fini les simples PNJ qui font inlassablement leur ronde sur un chemin prédéfini et agissant comme des robots. On est sur des personnages presque à part entière qui s’appellent même par leur prénom, et avec un comportement plus proche d’un humain. Comme pour nous faire culpabiliser d’avoir ôté une vie, même si c’est pour notre propre survie.

Dans leur manière d’agir y a du progrès par rapport au 1er. En cas d’alerte, ils ratisseront la zone de recherche et n’hésiteront pas à nous contourner au lieu d’attaquer de front. Si bien que plus d’une fois je me suis fait surprendre par un type que je n’ai pas vu arriver. Un sentiment d’être traqué en permanence que j’ai trouvé grisant (et souvent énervant), nous incitant à bouger constamment et rester sur le qui-vive.

Naughty Dog…

Par contre j’ai trouvé un poil abusée leur vue perçante et leur précision chirurgicale. Même de loin et en difficulté « normale ». Mais il y a pire qu’eux. Leurs foutus chiens qui peuvent nous pister à plusieurs dizaines de mètres à la ronde et dont il vaut mieux s’occuper en priorité.

L’IA des compagnons est elle aussi au top. On est loin des simples figurants qui se contentent d’observer et viser à côté. Cette fois ils sont réellement utiles et on est content de les avoir avec nous durant les gunfights.

Ça c’était pour les ennemis humains. Pour le reste, il faudra agir avec prudence avec ces chers claqueurs se repérant au son, et dont il faudra toujours éviter le contact à tout prix sous peine d’une mort instantanée. Une de leurs variantes que sont ces saletés de rôdeurs. Indétectables avec le mode écoute, et qui passeront la majeure partie du temps à nous fuir ou nous prendre par derrière. Et des plus imposants comme certains boss qui vont nous faire courir durant des séquences n’étant pas sans rappeler les jeux Resident Evil.

Entre infiltration et action

Tout un tas de comportements difficiles à prévoir et rendant toute tentative d’infiltration très compliqué. D’ailleurs en parlant de cette mécanique, elle a évolué par rapport au premier opus sans pour autant bouleverser le genre. Puisqu’on peut s’accroupir ou ramper dans des herbes à notre hauteur pour se cacher de la vue d’ennemis, qui pourront quand même nous détecter s’ils passent suffisamment près de nous. Détourner leur attention avec un objet pour les attirer ailleurs. Entreprendre une élimination furtive à mains nues ou avec une arme silencieuse. Et en se débrouillant bien, il est même possible de passer une zone entière sans verser le sang. Même si c’est difficile de s’y soustraire, surtout pour explorer et récupérer tout ce qui est utile à la progression.

C’est du déjà vu, mais ça fonctionne relativement bien ici. Même si je regrette qu’on ne puisse pas cacher des corps (dans l’herbe ou dans l’eau) afin d’éviter qu’un ennemi de passage donne l’alerte en le constatant.

Le gameplay en général de ce TLOU 2 reste assez proche du premier mais avec quelques évolutions notables. Du coté des affrontements au corps à corps qui gagnent en violence et en dynamisme avec la possibilité d’esquiver les coups au moment opportun. Et qui plus d’une fois m’aura sorti de situations tendues.

Pour les armes à feu, il faudra la jouer économe car les munitions partent très vite de leurs petits chargeurs, et les gunfights sont légion. Vaut mieux éviter de se retrouver à sec dans ces moments-là, surtout face aux boss. Les armes de mêlée ne sont pas à négliger même s’ils peuvent résister à une dizaine d’impacts grand max. D’où l’importance de looter un maximum de ressources dans le jeu. Aussi bien pour améliorer nos armes dont on peut apprécier la modélisation dans les ateliers dédiés, que pour faire évoluer un arbre de compétences linéaire qui hélas, renouvelle à peine ce gameplay.

Quand la violence sert le récit

TLOU 2 est un jeu violent. Au point même où ça en devient dérangeant par moments. Une violence d’abord graphique qui se traduit par l’état dans lequel finissent nos adversaires que l’on peut même démembrer par un coup de fusil bien placé. Ou du sort d’autres personnages qu’on sera amené à croiser au fil de l’histoire, dont certains ont été littéralement disséqués pour ne pas en dire plus.

Une violence pas loin d’être gratuite, surtout quand est contraint de l’user durant certaines cinématiques ou en plein jeu. Même si elle n’est pas systématique et que son but premier est de dépeindre l’atmosphère du jeu. Avec des morts brutales, et souvent inattendues. Ici le message est clair, c’est tuer, ou être tué.

Puis ce ne sont pas les moments d’accalmie qui manquent. Mais paradoxalement, je trouve qu’ils figurent parmi les meilleurs moments du jeu. En particulier un flashback entre Ellie et Joel dans un certain parc.

Ce qui m’amène à dire que la narration et la mise en scène de ce TLOU 2 est magistrale. Avec des moments spectaculaires aussi bien visuellement qu’émotionnellement. Couplé à d’excellents dialogues et des jeux de regards qui valent parfois plus que des mots.  On connaissait déjà le talent de ND dans ce domaine, mais là c’est du grand art. La frontière entre le Cinéma et le Jeu Vidéo n’a jamais été aussi mince.

En revanche en termes de scénario je suis plus mitigé. J’aurais aimé avoir plus de réponses concernant le statut d’immunité d’Ellie qui était le propos principal du 1er épisode. Et le fait qu’une grosse partie de la trame de cette suite ne se résume pas qu’à une simple vendetta. D’ailleurs si une Part III voie le jour, je me demande sincèrement ce que ND va bien pouvoir raconter dedans vu le sort de certains personnages. Tiens parlons-en de ceux-là.

Personnages

Il est temps d’évoquer les principaux acteurs de cette histoire. En étant le plus évasif possible afin de ne pas spoiler. Concernant Ellie, je l’avais beaucoup apprécié dans le 1er opus. Passant d’une jeune fille inexpérimenté et fragile malgré son caractère bien trempé, à une guerrière endurcie par les épreuves qu’elle a dû traverser aux côtés de son substitut de père qu’est Joel. Une évolution qui fut très plaisante à voir.

4 ans plus tard dans l’histoire, on la voit évoluer à nouveau, mais d’une manière radicalement différente et que j’ai moins apprécié. Même si c’est justifié par « l’incident » survenu assez tôt dans le jeu, et qui m’a totalement pris de court. C’était incroyablement osé de faire ça de la part de ND, mais dans un sens je me dis que c’était la meilleure manière de la faire « grandir ».

Personnellement je suis moins fan de cette version du personnage que j’ai eu du mal a reconnaître dans cet opus. Aveuglée par sa vengeance quitte à occulter tout le reste et son bon sens. En termes d’écriture je trouve qu’il y a eu une régression la concernant, au point de me dire au moment des crédits de fin « tout ça pour ça ? »

Mais ça, c’était sans compter le personnage d’Abby qui contrebalance un peu tout ça. Une nouvelle venue que j’ai trouvé bien mieux écrite, et pas stéréotypée pour un sou malgré les apparences. Même si j’ai été un peu gêné de ce qu’on nous fait faire d’elle passé un certain moment du jeu. Surtout après « l’incident » dont elle est responsable même si elle a ses raisons, et qui la lie intrinsèquement à Ellie.

De plus par sa faute, le rythme du jeu en prend un sacré coup. Au point où je me demandais quand est-ce que ça s’arrêterait tellement ça traînait en longueur par moments. Et pour un jeu du genre qui se finit en une trentaine d’heures, j’ai vraiment trouvé le temps long. Je comprends la démarche de nous faire vivre l’histoire d’un autre point de vue, mais il aurait été préférable selon moi d’opter pour une narration plus alternée. Que l’histoire d’Ellie et d’Abby soient joués en parallèle.

Pour les autres personnages, disons que leur écriture à défaut d’être mauvaise, est assez inégale. Ça oscille entre le très bon et l’anecdotique. Au final, l’un des personnages les plus intéressants pour moi sans compter ceux dont j’ai déjà parlé, c’est Dina. L’attachante partenaire d’Ellie qui ne manque pas d’humour et se pose comme un soutien de taille à l’héroïne.

Le doublage en VF est d’ailleurs de très bonne facture et j’en place une pour le travail remarquable opéré par Adeline Chetail, Cyrille Monge, Audrey Sourdive (et tous les autres) qui sont les doubleurs respectifs d’Ellie, Joel et Abby.

Coup de gueule

Avant de conclure, je tiens à pousser une grosse gueulante à l’encontre de toutes ces personnes qui ne vivent que pour saboter un travail de longue haleine et pourrir la vie d’autrui. Et ce TLOU 2 en a fait les frais comme aucun jeu avant lui à ma connaissance.

Que ce soit par des leaks survenus peu avant la sortie du jeu et dont énormément s’en sont servis pour spoiler sans vergogne. Les adeptes du « review bombing » s’amusant à coller des notes très basses au jeu tout juste sorti et qui de toute évidence, n’est même pas entre leurs mains. Ceux qui étaient persuadés que le jeu menait une pseudo-propagande pro-LGBT (pour ne citer que ça) alors que ce n’est même pas le propos du titre. Les auteurs de pétitions pour changer le scénario voire même faire annuler le jeu. Et les pires de tous, qui vont jusqu’à harceler et menacer de mort les personnes ayant bossé sur le jeu. Dont Jocelyn Mettler, l’actrice qui a prêté ses traits à Abby et qui s’en est pris plein la gueule pour absolument rien. Donc en 2020 on en est là ? Tout ça pour un putain de Jeu Vidéo ? Déjà que ce média n’a pas toujours eu une bonne opinion publique, c’est pas cette histoire qui va arranger les choses…

Conclusion

Y a pas de quoi 😉

Rares sont les jeux vidéos a m’avoir autant pris aux tripes que ce The Last of Us 2. Une leçon de vie, et surtout une leçon de maitre de la part du studio Naughty Dog qui m’aura fait vivre beaucoup d’émotions différentes. Une suite largement à la hauteur du 1er qu’il surpasse sur de nombreux aspects, et ayant pris énormément de risques quitte à choquer et diviser. Mais mérite t’il pour autant toutes les notes dithyrambiques qui lui sont attribués ? Non, car loin d’être parfait malgré ses grandes qualités.

Je retiendrai son gameplay bien rôdé sans toutefois être révolutionnaire. Une narration digne des plus grands films. Une IA enfin digne de notre époque et qui ne laisse peu de répit. Des personnages d’une authenticité rarement vue dans ce média. Une ambiance parfois à couper le souffle. Et surtout des graphismes en avance sur son temps. Mes seuls regrets se situant au niveau du scénario m’ayant laissé sur ma faim, et du rythme pas assez équilibré à mon goût.

Un grand bravo à Neil Druckmann pour avoir porté ce projet titanesque à bout de bras. Et à tous ceux qui de près ou de loin, ont contribué à la réussite d’un des plus grands jeux de la PS4, et peut-être même l’un des plus marquants de cette 8ème génération de consoles.

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